Episode 6
Où je reviens (presque) au présent.
Bonjour tout le monde. Au coeur du bouillon est une newsletter au rythme d’envoi parfaitement aléatoire dans laquelle je vous parle de façon chaotique et pleine de métaphores obscures de l’écriture de mes projets en cours et de la façon dont je suis en train de revoir entièrement ma façon de travailler mes scénarios (spoiler : en tâtonnant beaucoup). J’ai assez bêtement décidé de les titrer avec des numéros d’épisodes mais en vrai vous n’êtes pas obligé.e de lire les épisodes précédents pour comprendre, je pense.
Je tiens une autre newsletter un peu plus ordonnée, Bouillon de Tourbe, dans laquelle je parle plus largement d’écriture et de la place qu’on (que je) prend(s) dans le monde.
Les épisodes précédents ont été écrits il y a déjà quelques semaines, au beau milieu d’une prise de conscience : ma méthode de travail ne me convenait plus.
Je n’avais aucune véritable réponse mais beaucoup de questions, et écrire tout ça m’a aidée à poser des mots sur mes ressentis et à y voir plus clair.
Depuis, un peu de temps est passé et j’ai trouvé comment vous partager tout ça en créant cette newsletter.
Entre-temps, j’ai pu avancer dans mes réflexions, tester des trucs. Alors je ne vais pas vous promettre que ce ne sera plus un grand bordel un peu obscur, je suis une personne assez chaotique dans mon fonctionnement, mais j’ai quand même quelques réponses et des pistes, et puis un plan à peu près clair de ce que je veux vous raconter.
Dans l’épisode 1, je vous ai expliqué comment plusieurs réflexions m’avaient permis de rouvrir le dossier Transparente, un projet ado au point mort depuis plusieurs années.
Peu après m’être replongée ce projet (au lieu de me remettre à travailler sur tous mes projets en cours), une copine dessinatrice m’envoie un mail pour me demander si je serais partante pour qu’on travaille ensemble.
Je suis un peu emmerdée parce que j’adore son travail mais que je nage toujours en plein brouillard. Et puis, comme dit plus haut, je me suis engagée sur tout un tas de projets plus ou moins urgents pour lesquels je n’ai toujours pas réussi à avancer tant je me sens submergée. Et ma bonne résolution de 2025 c’était ‘ne plus me disperser’ (ce que je trouve a posteriori assez touchant parce que la dispersion c’est la base même de mon fonctionnement).
Je lis le mail de cette fort talentueuse copine et j’adorerais dire oui, mais je ne peux pas me permettre de me lancer dans un nouveau projet. Ce n’est pas du tout raisonnable.
Je lance donc l’idée qu’on travaille pour le moment sur un projet de livre illustré jeunesse. Parce que ça me parait moins de boulot qu’un scénario, et que ça fait partie de mes objectifs pour 2025, d’écrire des livres pour enfants en plus des bd sur lesquelles je travaille déjà (j’aime bien me dire que je peux tout à fait rajouter quelques trucs à ma to do list pendant que je suis en train de me noyer). Je réponds à son mail avec cette proposition de compromis et je pense à autre chose en attendant sa réponse.
Trois jours plus tard, je songe sans crier gare à Sandrine. C’est un projet qui, comme Transparente, est né d’une micro-nouvelle. Un texte que je n’ai d’ailleurs jamais posté parce que j’ai tout de suite su que je voulais en faire un scénario. C’était il y a trois ans je crois. J’avais passé quelques semaines à travailler dessus.
J’avais mon personnage, mon univers, un concept, le plan de toute l’histoire. Mais qu’est ce que je voulais raconter exactement avec tout ça ? Je n’en avais aucune idée.
Alors à l’époque j’avais refermé mon fichier texte en attendant l’illumination.
C’est l’histoire d’une quadragénaire sans histoire, le genre sur lequel le regard glisse et qu’on oublie aussitôt, dont la vie se met subitement à partir en vrille.
J’adore les moments d’épiphanie créative où deux idées qui semblaient n’avoir aucun lien fusionnent pour en former une qui prend tout son sens.
Le projet Sandrine et le travail de ma copine illustratrice entrent en collision quelque part dans mon esprit. Son travail n’a rien à voir avec le style graphique que j’avais en tête à l’époque mais tout à coup ça me semble comme une évidence : elle serait parfaite pour ce projet.
Alors je relis rapidement mon texte et lui l’envoie, précisant bien que le travail n’est pas du tout abouti mais que l’idée, l’univers, l’héroïne, resteront les mêmes. Le projet lui plait.
Je me replonge un peu plus dans ce que j’ai écrit et je vois tout de suite que mon héroïne manque de nuances et de profondeur, que les autres personnages sont des pantins inarticulés. L’univers n’a aucun contour.
Je prends une grande feuille A2 sur laquelle je liste les parties de mon récit pour essayer de voir si la structure tient toujours. (Il faudrait que je creuse un jour les étapes où j’ai besoin d’écrire sur papier et celles où je préfère l’ordi tiens.)
Ça vient sans doute du fait que j’ai été une lectrice de romans bien avant de me mettre à la bd quand j’avais vingt ans, en tout cas j’écris toujours comme ça : un découpage de l’histoire par chapitres, comme un roman.
Des fois ça se voit toujours à la lecture (on a joué dessus dans Maléfices par exemple, ou dans La Chevaleresse), des fois je pense que ça devient invisible.
Pendant que je couche mon plan pour Sandrine sur le papier, de nouvelles idées me viennent, des espaces vides commencent à se combler. Tout ce qui ne va pas m’apparait aussi plus clairement.
Je liste tout ce qui est plat, tout ce qui n’a pour l’instant aucune substance.
Les personnages, leurs relations, les lieux, les rapports de l’héroïne à certains sujets importants pour mon récit.
Je réalise que je dois creuser tout ça, écrire chaque histoire, celle de chaque personnage, chaque lieu, etc, pour pouvoir ensuite écrire l’histoire que je veux vraiment raconter.
Comme je le décrivais dans l’épisode 5, le monde de Sandrine est une scène de théâtre dont je dois connaître les moindres détails.
Je vois maintenant assez clairement où aller pour améliorer ce projet.
Ça va être si long.
……….
Merci à tous et toutes de m’avoir lue. J’espère que vous allez aussi bien que possible (ça devient difficile de présupposer que qui que ce soit va véritablement bien ces temps-ci non ?), que vous arrivez à prendre soin de vous et des autres. La semaine prochaine je vous donne rendez-vous sur Bouillon de tourbe pour vous parler de la peur d’écrire des trucs nuls. Et dans l’épisode 7 de cette newsletter-ci, je vous parlerai du fait d’être sur quarante cinq projets en même temps parce qu’on est chaotique mais aussi parce que les scénaristes sont payés au lance-pierre. Ça s’annonce fun.
Je vous souhaite une semaine un peu douce au milieu du chaos.

