Les carnets
Confession d'une accumulatrice de carnets vierges repentie.
La dernière fois que j’ai posté une newsletter dans cette partie coulisse de Bouillon de Tourbe, j’ai annoncé que dans la prochaine occurrence, on parlerait de mes 46.000 projets en cours.
La newsletter en question a rapidement été écrite, mais je ne l’aimais pas trop. Elle est brouillon, parce que j’ai 46.000 projets alors c’est difficile de rendre ça limpide, et puis peu d’entre eux sont à un stade vraiment concret alors je doute que vous inonder de tous leurs à-peu-près résumés vous apporterait quoi que ce soit.
J’avais pour idée de montrer un peu mon fonctionnement des plus chaotiques, mais aussi de parler de la très grande précarité des scénaristes qui oblige à sauter compulsivement d’un projet à l’autre si on veut pouvoir dépasser un jour le seuil de pauvreté. On y viendra un de ces quatre, parce que ça me semble important.
Mais je me suis accordé une pause de deux mois et pour bien commencer cette nouvelle année scolaire, j’ai eu une idée qui fleure bon les stylos bic neufs et les cahiers Clairefontaine encore vierges : vous présenter mes carnets.
Ce sera, je crois, une bonne façon de vous montrer un peu de mon chaos intérieur et d’introduire la façon dont je travaille.
J’ai toujours eu une tendance accumulatrice, que j’essaie de soigner, et comme beaucoup de monde je crois, les jolis carnets se sont longtemps entassés dans mes tiroirs parce qu’on m’en offrait plein (quel meilleur cadeau faire à quelqu’un qui écrit ?) et que j’en achetais plein (comment leur résister ?).
Sauf qu’ensuite, je n’osais pas les gâcher.
Quelques tentatives, abandonnées au bout de quelques pages, me donnaient raison concernant cette peur de mal faire et j’en avais particulièrement honte. J’allais forcément gaspiller tous ces jolis carnets alors autant ne pas les entamer et les laisser aussi resplendissants qu’au premier jour.
Je continuais donc tout simplement d’amasser, et j’avais honte aussi (c’est un cercle sans fin cette histoire- parce que cette tendance que j’ai à remplir mes tiroirs, mes placards et mes étagères me fait sentir aussi stupide que déraisonnable (mais on en parlera aussi une autre fois).
Jusqu’au jour où :
Ce qui a tout changé, c’est les pages du matin. Je dois quand même beaucoup à Julia Cameron, malgré ses délires mystiques, et l’exercice qu’elle impose de noircir chaque matin trois pages de carnet en y racontant absolument n’importe quoi désacralise pas mal l’acte d’écrire dans des jolis carnets. On arrête d’avoir peur que ce ne soit pas assez bien, on pioche dans le tiroir à jolis carnets vierges et on écrit on écrit on écrit. Les carnets se remplissent à toute vitesse.
Au fil des ans, et malgré les longues pauses dans cet exercice (c’est un peu comme le sport, si on arrête les pages du matin quelques jours, ça devient terriblement difficile de s’y remettre), je ne saurais dire combien de carnets j’ai rempli. J’en ai même jeté une trentaine avant mon dernier déménagement (je ne sais toujours pas si j’ai bien fait). Tant et si bien que, depuis un moment, je suis à l’affut des carnets pas très beaux ni très chers et mêm, des fins de cahiers scolaires de mes enfants parce que le rythme où je les remplis amène à se concentrer sur le contenu plus que sur la couverture fancy.
J’y écris mes micro-nouvelles, je réfléchis à mes histoires, j’écris ces newsletters, je pose des mots sur mes émotions, j’organise mes journées, je pleurniche, je digère, je prends des grandes et des petites résolutions, je démêle le fatras de mes pensées, j’écris parfois facilement parfois très péniblement. Je continue parce que je sais à quel point cet exercice m’est nécessaires, même les jours où j’écris ces pages par tout petits bouts parce qu’on m’interrompt sans arrêt ou que je me retrouve à zoner sur insta au lieu d’avancer dessus dès que mes pensées se mettent à vagabonder.
Chaque jour, recommencer, et ne pas se décourager.
Ensuite, il y a les carnets liés à chacun de mes projets.
Si beaucoup de mes histoires démarrent dans mes pages du matin, une fois que ça commence vraiment à se dessiner dans mon esprit, j’entame un carnet pour y jeter toutes mes idées et commencer à les creuser et à les organiser.
J’ai toujours besoin de cette phase manuscrite pour faire connaissance avec mon histoire, pour comprendre ses contours et me poser les bonnes questions.
C’est là qu’on en revient à la partie ‘culpabilité de gâcher des carnets’ parce que certains de ces carnets n’ont pour l’heure qu’une ou deux pages qui soit effectivement remplies.
Soit parce que j’ai mis le projet en pause (il est très rare que j’abandonne véritablement un projet, mais certains sont ‘mis en pause’ depuis une dizaine d’années), soit parce que j’ai très vite eu une idée suffisamment claire pour passer au travail sur ordi.
Une fois que je sais ce que je veux raconter, je pense étonnamment mieux devant mon écran. Peut-être parce que le fait de pouvoir supprimer les trucs que j’écarte ou modifie m’aide à y voir plus clair qu’en raturant partout.
D’autres carnets sont complètement remplis. Louison, par exemple, qui nécessite de brainstormer pour chaque épisode, s’étale sur plusieurs carnets, mais aussi dans mes pages du matin, sur des feuilles volantes depuis longtemps perdues, plusieurs notes sur mon téléphone, une catégorie d'archives sur instagram et sur pinterest.
Je prends toujours un petit temps pour choisir ‘LE’ carnet parfait pour chaque projet parmi ceux de mes tiroirs encore plein de carnets vierges (je crois même qu’à force il ne me reste plus qu’un tiroir avec majoritairement des carnets aux formats pas du tout pratique, tellement j’en ai utilisé ces dernières années).
Je choisis une couverture qui fait écho au projet et plus ça va, plus j’apprécie pour brainstormer les carnets aux pages blanches (pour mes pages du matin au contraire, je deviens monomaniaque du carnet ligné).
J’essaie cependant de ne pas trop m’en vouloir pour ceux dont je n’ai rempli que deux pages. Je me dis que même dans ce cas, ils contiennent en quelque sorte l’âme de cette histoire, et que je n’aurai qu’à les rouvrir pour m’y replonger en temps voulu.
Une fois qu’on commence à remplir des carnets, on ne s’arrête plus. J’en ai donc une belle petite collection.
Il y a un an, j’ai suivi l’atelier Carnet d’idées de Nathalie Sejean (qu’elle adapte d’ailleurs en livre, les précommandes sont en cours à l’heure où je vous parle, accompagnées d’une formation en live).
Mon carnet d’idées me quitte rarement depuis. Il peut se passer des semaines sans que j’y touche, avant d’en noircir des tas de pages d’un coup.
Prendre des notes pendant un rdv, noter une recommandation, réfléchir à tel ou tel sujet, faire des listes, c’est un outil super polyvalent dont je ne pourrais plus me passer.
En parlant de formations, j’ai aussi un carnet qui leur est spécialement dédié, dans lequel je prends des notes au fur et à mesure. J’ai l’impression que le business de la formation en ligne contient beaucoup de bullshit, mais j’ai jusqu’ici suivi des formations de Nicolas Galita, Laura Vazquez et Nathalie Sejean donc, et elles m’ont chacune beaucoup apportées.
Pour en revenir à l’autrice Laura Vazquez, elle propose dans sa newsletter hebdomadaire un atelier d’écriture gratuit. Au début, je les faisais dans mes pages du matin, mais ses ateliers sont à chaque fois des moments d’écriture si forts et si précieux que j’ai décidé d’y consacrer un carnet. J’ai donc choisi un carnet que je chérissais particulièrement, offert par mon amie Ocilia (qui vient d’ailleurs de lancer ses ateliers d’écriture en ligne, mais aussi en présentiel sur Nantes !).
Je crois que c’est suite à une discussion avec un ami sur les rêves lucides que j’ai commencé à noter mes rêves, et ce carnet acheté au musée du Quai Branly lors d’une expo sur les yokai m’avait semblé très approprié. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne suis pas très assidue à cet exercice puisque j’en ai noirci une quinzaine de pages en bientôt dix ans. Mais j’y suis très attachée, et quand je me réveille avec un souvenir très net de mon rêve ou de mon cauchemar et que j’ai un peu de temps devant moi, j’aime beaucoup essayer d’en garder une trace écrite.
Commencé il y a peu mais que j’aime déjà beaucoup, je traine entre ma cuisine et mon bureau mon carnet de recettes (on s’éloigne de l’écriture, mais je l’aime fort alors je vous le partage quand même) où je note progressivement toutes les recettes que je fais le plus souvent, qu’elles soient issues de mes livres de recettes préférés (je perds un temps fou à retrouver la page que je veux à chaque fois) ou d’internet (idem, j’ai perdu tant d’heures à fouiller instagram). J’ai laissé traîner cette idée longtemps parce que je voulais investir dans un vrai beau carnet de recettes comme on en voit fleurir dans les papeteries, mais les prix m’ont refroidie et ce cahier Djeco (j’adore les cahiers et mini carnets Djeco, ils se trouvent souvent dans les librairies au rayon jeunesse et ils sont hyper jolis) avec son côté sorcière me remplit de joie à chaque fois que je le sors. Ma seule erreur cependant : écrire dedans avec mon stylo plume. L’encre n’est clairement pas waterproof et je vais remédier à ça pour la suite si je veux qu’il survive à l’épreuve du temps (et de ma façon assez peu soigneuse de cuisiner).
Les mal-aimés (que je ne prends même pas en photo)
Il y a des carnets que je lance régulièrement avec beaucoup d’enthousiasme mais que j’abandonne très vite. J’ai ainsi démarré un certain nombre de carnets de gratitudes (ça consiste à noter quotidiennement trois petits bonheurs de la journée), des carnets de lecture que je zappe bien trop vite (j’ai longtemps utilisé l’appli goodreads pour garder quand même une trace des livres que j’ai lus mais même ça, je me suis mise à oublier de le faire l’an dernier alors j’ai laissé tomber). J’ai aussi essayé plusieurs fois de noter dans un même carnet tous mes livres encore à lire pour pouvoir faire le point (ma ‘pile à lire’ est plutôt une ‘grosse bibliothèque à lire’ puisqu’elle doit compter 400 bouquins), mais j’oubliais trop souvent de le mettre à jour et il devenait impossible de m’y retrouver.
Voilà pour le petit tour d’horizons de mes carnets en cours. J’espère que ça vous aura plu. N’hésitez pas à me parler de vos carnets à vous, voir à me les montrer (je me suis d’ailleurs absolument régalé de cet article de Marie de la Lune Mauve au sujet de son carnet de voyage, qui donne très envie de se lancer).
Je ne vais pas annoncer de thème pour la prochaine newsletter (c’est visiblement le meilleur moyen pour ne pas m’y tenir) mais je vous donne d’ici là rendez-vous sur Bouillon de tourbe pour la newsletter d’octobre, qui vous parlera de courage.
Un immense merci pour le temps que vous avez consacré à cette lecture. En ce mois de septembre plein de la violence des puissants mais aussi de la beauté du collectif, je vous souhaite un peu de douceur et de jolis éclats de joie. Prenez bien soin de vous et des autres. A bientôt.





Cette newsletter de rêve ! 🤩 Merci beaucoup, Elsa, de nous ouvrir tes tiroirs à carnets. J’ai souri en lisant que tu es à « l’affût des carnets pas très beaux ni très chers », ou des « fins de cahiers scolaires » de tes enfants. Je vois très, très bien. Les carnets trop beaux sont satisfaisants pour les yeux, mais un peu intimidants… Pas plus tard que ce matin, j’ai ouvert mes deux énormes boîtes Ikea remplies de carnets neufs, et, comment dire… C’est le moins joli, le moins sexy que j’ai choisi. Ça me fait plaisir que tu aies apprécié mon billet sur mon carnet de voyage, un grand merci à toi de l’avoir partagé ! Tu me donnes envie de parler de mes autres carnets, du coup… La boucle sans fin !
Merci de nous avoir offert ces confidences de carnets. Je me sens beaucoup moins seule et, je le dis, moins nulle à n'avoir griffonné que 2 pages de plusieurs carnets. J'ai la même utilisation que toi, certains ce sont vite remplis, d'autres attendent encore après mon assiduité 😁. 2 ans que je me répète qu'il faudrait que je me crée cette routine d'écrire !